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29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 15:31

secheresseDe nombreux déterminants non climatiques affectent les ressources en eau douce, par exemple les changements de structure de la population et les changements des modes de consommation et de production − en particulier de la consommation alimentaire − l’économie (dont la fixation du prix de l’eau), la technologie et les vues sociétales concernant la valeur des écosystèmes d’eau douce. Les changements climatiques sont donc un des multiples facteurs qui influencent le futur stress hydrique. Cependant, il est possible que les changements démographiques, socioéconomiques et technologiques jouent des rôles plus importants sur la plupart des échelles de temps et dans la plupart des régions. Par exemple, dans les années 2050, les différences entre les projections démographiques des quatre scénarios du Rapport spécial du GIEC sur les scénarios d’émissions (SRES) auraient de plus grands effets sur le nombre d’individus vivant dans des bassins fluviaux touchés par le stress hydrique que les différences entre les scénarios concernant le climat. Les autres facteurs de stress déterminent aussi la vulnérabilité aux changements climatiques: par exemple, si les changements climatiques peuvent influencer l’intensité et la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes ainsi que les migrations des vecteurs de maladies, les effets de ces phénomènes dépendent essentiellement de la vulnérabilité socioéconomique, laquelle reflète elle-même une série de variables telles que la démographie, les modes de développement, la croissance économique et la répartition des richesses, et les conditions environnementales locales.

Un autre problème important est que les différents facteurs de stress sont étroitement liés entre eux et ont de fortes incidences mutuelles. Voici certaines interconnexions possibles:

 

Changements d’utilisation des terres/urbanisation:

Les pratiques actuelles d’utilisation des terres et le développement de l’urbanisation entraînent souvent la pollution, l’étanchéisation des sols et la perte de forêts et de zones humides, ayant pour effet une augmentation du ruissellement, d’où un risque accru d’inondations, de sédimentation et d’eutrophisation, toutes choses qui aggravent les effets des changements climatiques.

 

Agriculture: Les pratiques agricoles actuelles exigent souvent beaucoup d’eau en raison de choix inappropriés des cultures (cultures ayant besoin de beaucoup d’eau dans des régions chaudes et arides), de l’application de techniques d’irrigation périmées, etc. Les effets des changements climatiques tels que la diminution de la disponibilité en eau ajoutent à ces pressions. De plus, l’agriculture intensive est souvent nuisible à la qualité des eaux de surface et des eaux souterraines ainsi qu’à la biodiversité, réduisant la résilience des écosystèmes et leur capacité d’adaptation.

 

L’urbanisation cause, entre autres, la formation d’îlots de chaleur urbains (la température augmente dans une zone urbaine métropolitaine lorsque la surface terrestre est modifiée par l’urbanisation et les rejets thermiques générés par le chauffage des immeubles) et entraîne en conséquence une plus grande consommation d’eau. L’augmentation des surfaces étanchéisées accroît aussi le ruissellement de surface et réduit l’infiltration, diminuant ainsi la quantité d’eau disponible.

 

Les changements démographiques, dont la croissance de la population et les migrations, sont certainement une des principales causes d’augmentation de la consommation d’eau. De plus, ces changements se concentrent essentiellement dans les zones côtières qui subissent déjà un stress hydrique considérable et où les changements climatiques devraient avoir les effets les plus prononcés, y compris du fait de la salinisation des eaux souterraines.

 

Augmentation de la consommation d’énergie: La production de biocarburants exige des quantités d’eau importantes. Les centrales nucléaires (souvent prônées actuellement en raison de la faiblesse des émissions de gaz carbonique (CO2) résultant de leur fonctionnement) et toutes les centrales thermiques ont besoin d’énormes volumes d’eau pour leur refroidissement, ce qui ajoute à la hausse de la température de l’eau causée par les changements climatiques et pourrait avoir des effets notables sur la biodiversité et la chimie de l’eau. Étant donné que la demande d’énergie, en particulier aux fins de refroidissement, devrait augmenter à mesure que le climat change, il faudra plus d’eau pour le refroidissement dans les centrales.

 

L’état des infrastructures telles que les barrages et les systèmes d’irrigation joue aussi un rôle important et, s’il est inadéquat, peut entraîner des risques majeurs de déperdition de l’eau, aggravant le stress hydrique, ainsi que des risques accrus d’accidents majeurs. Les effets des changements climatiques aggraveront aussi certains des autres facteurs de stress. Par exemple, il faut s’attendre à une multiplication des réfugiés climatiques, qui risque d’accroître encore l’urbanisation. La hausse des températures et les changements hydrologiques entraîneront aussi des changements dans l’utilisation naturelle des terres ou la végétation dans certaines régions. Bien que l’ampleur exacte de ces stress interconnectés et la réponse environnementale et humaine à ces stress soient encore dans une large mesure inconnues, ces stress doivent être considérés comme un système comportant des boucles de rétroaction positives et négatives, des synergies, des effets cumulatifs et des moyens d’interagir. Il faut donc toujours considérer et évaluer les effets des changements climatiques et les éventuelles mesures d’adaptation dans le contexte des autres facteurs moteurs. Par exemple, dans certains cas de forte densité de population, il risque d’être impossible d’imposer et de mettre en œuvre des restrictions à l’urbanisation dans les zones inondables si la population augmente rapidement. Il se peut que les égouts existants ne soient pas la technologie appropriée de traitement des eaux usées dans les zones de forte croissance de la population. La coordination des mesures d’adaptation avec les plans de GIRE et autres plans de développement est cruciale pour que l’adaptation soit une réussite.

 

Source: Zimmermann, J. B., J. R., Mihelcic et J. Smith, 2008. Global stressors on water quality and quantity. Dans environmental Science and Technology 42 (12), p.4247 à 4254.

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Published by Komenan Narcisse - dans INVITES
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